eden-sur-seine

...transformer une inquiétude sentimentale en combat politique... organiser une grève mondiale des femmes en produisant un film pornographique ! Eden-sur-Seine, roman d'amour, politique, féministe et utopiste. Olivier Berthelot éditions punctum 2007

25 janvier 2008

Amazon, ou l’économie de l’entrepôt. réponse au papier de Thierry Wolton dans le Monde (fin)

Cher-e-s tous,

ci-dessous la réponse promise.

 
Therry Wolton vole au secours, dans le monde du 19 janvier, du Petit Poucet Amazon, contre le monstrueux et poujadiste ogre du Syndicat de la Librairie française. En tant que lecteur, citoyen et auteur, je souhaite soulever ici quelques-unes des interrogations que soulève cette défense du David Amazon contre le Goliath libraire de quartier.

 
Thierry Wolton a-t-il conscience que tous les acheteurs de livres ne savent pas, à priori, ce qu’ils veulent acheter ? Que celui qui n’a jamais feuilleté des ouvrages dans une librairie, attiré par une couverture, par le mot du libraire, par la quatrième de couverture, et qui, finalement sortira en ayant acheté un livre d’un auteur dont il ne connaissait pas le nom cinq minutes auparavant, juste parce qu’une phrase saisie au hasard, en milieu d’ouvrage, l’aura convaincu, que celui-là  jette la première pierre.

poucet_2On rétorquera que l’on peut feuilleter aussi sur un site en ligne. Le croyez vous vraiment ? Essayez. Dans une librairie, un ouvrage de faible diffusion aura ses chances, sur Amazon, il peut être trouvé, mais à une condition : que l’acheteur sache dès le départ que c’est cet ouvrage qu’il recherchait. La fin du hasard dans la relation entre auteur et lecteur, est-ce là le rêve de Thierry Wolton ?

Amazon permettrait de trouver des ouvrages épuisés ? Oui, mais alors… fi,  de la gratuité ! Il s’agit en effet le plus souvent d’ouvrages vendus par des tiers sur la plate-forme « Marketplace » d’Amazon, et l’envoi d’un livre y est alors facturé 2,99 € l’ouvrage… Amazon pratique la gratuité sur les seuls ouvrages dont il dispose en direct, et, non pas dans la généralité des cas, sur les ouvrages épuisés. La gratuité pour les best sellers, le paiement pour les autres… Et voir même pour les best sellers…lorsque leur prix est faible : essayez donc d’acheter « Matin Brun » de Franck Pavloff sur Amazon : cet ouvrage n’est pas épuisé, et pourtant, impossible de l’acheter sans passer par la plate-forme Marketplace et donc avec des frais de port…

Sur l’économie du livre, j’invite M. Wolton à lire l’étude du Centre National du Livre sur « la situation économique de la librairie indépendante » (mars 2007). Il y découvrira que les offices (ces livres que le libraire peut renvoyer contre remboursement à l’éditeur) ne représentent qu’une partie de son stock (moins de 40%). A l’inverse, les réassorts sont le plus souvent effectués sans droit de retour pour le libraire qui prend des risques pour assurer la diffusion d’ouvrages sortis longtemps auparavant. Risque qu’Amazon ne prend guère, lorsqu’il offre ces ouvrages via Marketplace… 

Cette étude du CNL montre aussi qu’en moyenne la rentabilité des librairies représente moins de 2% de leur chiffre d’affaires. Amazon rogne peut-être sur ses marges pour concurrencer les librairies de quartier, mais les actionnaires d’Amazon visent plus probablement la sacro-sainte norme des 15%...

C’est bien plutôt par une économie de l’entrepôt qu’Amazon dégage ses marges : pas de boutiques, mais des hangars en banlieues, pas de libraires, mais des manutentionnaires, pas de lien social, mais des clics sur la toile. Des centres villes sans librairies entourés de hangars géants, c’est une vision du monde de demain. Ce n’est pas la mienne.

 

Olivier Berthelot

 

Posté par eden66 à 08:48 - Vive le capitalisme - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

  • après amazon, il y a le site de la fnac, eyrolles.com, abebook...ça va t'en faire du boulot!
    et vous en êtes où de votre projet? tu me raconteras devant ce verre que je dois t'offrir...

    Posté par septime, 25 janvier 2008 à 21:31

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